La place du Griffoul n’a jamais été un lieu comme les autres : depuis toujours, elle occupe une place primordiale dans la vie de la cité. Il suffit de jeter un œil au plan de Gaillac datant de 1562 pour s’en convaincre, elle trônait déjà au cœur de la ville.
De là, on gagnait facilement le port par la rue de l’Anguille et la porte de la Lauze, on filait vers le faubourg de l’Hortalisse, ou encore vers les faubourgs nord en empruntant la rue Portal et la porte fortifiée du Rastel. Tant que les murs d’enceinte n’avaient pas disparu, la place du Griffoul cumulait ainsi les rôles : centre politique et centre économique de la ville, tout à la fois.
Imaginez la scène : à côté de l’actuelle fontaine se dressait autrefois une halle montée sur piliers en bois. Au rez-de-chaussée, le marché battait son plein plusieurs fois par semaine ; à l’étage, une grande salle accueillait les consuls, ces magistrats élus qui dirigeaient la cité. Dès le Moyen Âge, Gaillac s’était forgé une solide renommée économique, portée par son port et sa position de tête de pont. La ville jouissait même du privilège d’organiser trois foires annuelles, et se dota de ses propres poids et mesures dès le XIIIe siècle.
Le XIXe siècle marque un tournant pour la place. Portée par les idées hygiénistes en vogue à l’époque, qui prônaient air et lumière dans l’espace urbain, plusieurs bâtiments sont rasés pour laisser respirer les lieux. Une halle au blé y voit le jour, tandis que le sol est rehaussé, donnant à la fontaine cet air de s’être doucement enfoncée dans le temps. Au gré de ces transformations, la place change aussi de nom : place au Blé, puis place Thiers, avant de trouver son identité actuelle sous le nom de place de la Fontaine (Griffoul en Occitan).
Au fil des siècles, la place du Griffoul a ainsi changé plusieurs fois de visage et de nom, sans jamais perdre sa vocation première : accueillir les marchés de la ville.

Vue du marché et de la halle, place du Griffoul, fin XIXe-début XXe

La fontaine et les couverts,
place du Griffoul, début XXe

